Petite incartade à « l’indie way of life », Tonio nous raconte U2 à Santiago du Chili

Aujourd’hui on inaugure une nouvelle catégorie sur le blog consacré aux invités. Alors toi qui es partout dans le monde et qui vois des beaux spectacles, n’hésites pas à nous en faire part, avec des photos en plus, c’est mieux. Bon, bien sur il y a quand même une ligne éditoriale assez indépendante ici, que l’on pourra peut être franchir à certaines occasions… Et c’est ce qui s’est passé avec notre ami Tonio, habitant à Santiago du Chili qui nous a proposé de nous raconter son concert de U2  al Estadio Nacional.

– Fadepaperwoman (FW): Allo, oui, ça va ? On a vu qu’il y allait avoir une édition du Lollapalooza par chez toi, tu pourrais la couvrir pour Faderpaper ?

Mec pas calé en musique (MPC): Bah non, en fait je vais pas y aller, tu sais moi je suis plus trop à la page, je les connais pas tous ces nouveaux groupes.

– FW (déçue): Bon, tant pis alors…

– MPC : Par contre, je vais voir U2 vendredi.

– FW (pas convaincue) : Ah oui ? Et ben, si ça te dit, tu peux écrire un truc là-dessus alors.

Et voilà comment je me suis retrouvé à jouer les grands reporters sur la visite de U2 à Santiago du Chili. Evidemment, ce n’est pas le concert le plus exotique à raconter, l’antithèse même du concert typique, authentique, du coin. Pour des rythmes endiablés de cumbia, faudra repasser. En l’occurrence, les Irlandais débarquent en ville avec leur tournée mondiale « 360° tour ». Je ne suis même pas vraiment un fan du groupe, mais je me suis laissé tenter, après avoir assisté par surprise à leur mini-concert à Berlin pour les 20 ans de la chute du mur. Berlin, Santiago, Nantes, trilogie assez improbable mais qui fait certainement  de moi un bon client pour le rock globalisé et plein de bonne conscience politique du quatuor.

Pour ce qui est de la logistique, on est clairement dans le domaine du gigantisme, avec leur imposante scène baptisée « la griffe ». On est en tribune, derrière la scène, donc en première ligne pour savoir si la promesse d’un spectacle « 360° » sera tenue. Pour l’instant, c’est la première partie, assurée par Muse. Je me rappelle les avoir vus il y a 10 ans au festival d’Evreux, justement avec une des co-auteurs de ce blog. Et bien, c’était mieux avant. Le style vers lequel ils ont dérivé, ce glam baroque (bas-rock ?) pour mettre en musique des paroles ineptes, c’est pas ma tasse de thé. Le public écoute poliment, face à une débauche d’énergie plutôt inutile. Pour le coup, le 360° ça ne marche pas du tout, on les voit de dos. Pas non plus l’idéal pour apprécier.

Heureusement cette formalité est vite expédiée, et maintenant U2 se fait désirer. Ca laisse le temps d’observer l’armée de roadies, techniciens et autres ingés son qui s’agitent comme des petites fourmis autour de la scène. Je suis spécialement fasciné par les cameramen qu’on hisse dans des nacelles jusque vers les hauteurs des quatre piliers principaux. Le spectacle est dans la salle.

Et voilà, Bono et ses potes débarquent, juste en dessous de nous, on leur fait coucou, sûrs qu’ils nous ont repéré. It’s a Beautiful Day en ouverture. Première constatation : le son est très bon. C’était pas gagné d’avance, mes expériences dans ce stade étaient plutôt négatives niveau accoustique, avec notamment un véritable massacre sur Radiohead en 2008.

U2 360° tour. Photo by Luka Krstulovi? via Wikimedia Commons

Les titres s’enchainent, alternant des morceaux récents clairement conçus pour les stades, et les tubes plus romantiques. L’avantage avec U2, c’est qu’à moins d’avoir passé les 20 dernières années sur la lune, n’importe qui connait deux tiers des chansons même en n’ayant jamais écouté d’album. Bono chante bien et se déplace sur toute la circonférence de la scène. The Edge a un jeu de scène assez limité mais constant. Au début, j’ai un peu l’impression de passer mon temps à espérer qu’ils viennent vers notre quart de scène. D’ailleurs, quand Bono arrive, toute la tribune se met à hurler, à saluer, comme s’il pouvait nous voir.

Ils sont loin quand même, tout petits, mais ça présente aussi un aspect ludique. Mon regard hésite sur le meilleur angle et jongle entre les chercher tout autour de la scène (le bassiste et le guitariste se déplacent aussi, la batterie tourne parfois sur elle même) et regarder l’écran géant qui entoure le haut de la scène, où des prises de vue du concert alternent avec des animations bien ficelées, discrètes mais efficaces. Finalement, c’est ça que j’aurais le plus apprécié, un usage équilibré, sans esbroufe, de tout ce déploiement technologique. On n’est pas dans le bling-bling, la mise en scène est même assez poétique. De ce point de vue, le climax du concert est le déploiement vers le bas de l’écran géant, qui s’étend vers le bas de la scène jusqu’à former un cône géant du plus bel effet, autour duquel circulent 3 musiciens, alors que le batteur a complètement disparu. C’est émouvant comme la valse de Strauss des vaisseaux spatiaux dans 2001 l’odyssée de l’espace. Evidemment, en photo c’est moins magique :

Après cela, l’ambiance retombe un peu. « Sunday bloody sunday » est vite expédiée, sur un fonds d’image de révoltes arabes assez imprécises. De fait, au visionnage du DVD, filmé avant l’actuel « printemps arabe », on s’aperçoit qu’ils utilisaient déjà ces images, se référant à ce moment là à l’opposition iranienne. On a aussi droit à un exposé politique un peu mièvre sur la situation de la dissidente birmane Aung San Suu Kyi. C’est une inconnue ici, le public demeure circonspect. En même temps, on n’est pas dans l’endoctrinement, ça reste assez raisonnable. Bono ne cherche pas nécessairement à ce qu’une foule en transe applaudisse pour des causes qui lui sont évidemment lointaines.

Après cette opération de sensibilisation, la fin est en roue libre avec les classiques « With or without you » et « Where the streets have no name ». Bono chante dans un micro suspendu au toit, style TSF des années 30, qu’il envoie balader dans tous les sens (l’image de Ginette des Têtes Raides m’effleure, comparaison déplacée mais qui me fait bien marrer), allant jusqu’à l’utiliser comme balançoire. Il se fait plaisir, avant un départ un peu abrupt, les lumières s’allument sans même un rappel, la fête est finie. Et ouais mon petit, U2 c’est deux heures tout rond, emballé c’est pesé.

On ressort de là comme après un bon blockbuster. Les effets spéciaux sont au service d’un scénario pas révolutionnaire mais bien ficelé, le jeu d’acteurs est certes prévisible mais tout de même de bonne facture, la production impeccable. Bref, c’est très pro. Malgré la foule, le décor, les flashs, on est rentré dedans au point de croire que ce soir, ils ont vraiment joué pour nous. Et voilà que des vieux disques du groupe trouvent même pour la première fois leur place sur mon mp3, c’est dire l’enthousiasme !

Un grand merci à Tonio pour son très bon article, à bientôt sur le blog !


Les photos sont tirées de différents sites internet :
http://www.ilovechile.cl/2011/03/14/u2-360%C2%B0/18980
http://www.u2bat.be/2011/03/repetitions-a-santiago/
http://u2fanlife.com/2009/07/21/%C2%BFcomo-se-mueve-la-pantalla-de-video-de-u2-360-tour

2 comments

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>