De retour de la Route du Rock : le vendredi

Le festival Malouin s’est achevé dimanche soir sur un bilan positif, 25000 entrées dont 20000 payantes. Pas de réelles têtes d’affiche au programme cette année, mais quand même quelques noms plus fédérateurs, comme Aphex Twin qui a brillamment clôturé cette première journée.

Il y a des rituels comme ça auxquels on ne dérogerait pour rien au monde, prendre la route de Saint-Malo le week end du 15 aout en fait partie. C’est toujours avec excitation que l’on rejoint le meilleur festival indie de France, conquis d’avance par des noms mythiques ou très curieux de découvrir des petits nouveaux. Le festival fêtait ses 20 ans cette année, on lui souhaite de toujours garder cette indépendance qui a fait sa marque de fabrique, de savoir garder cet équilibre entre réalité économique et courage artistique.


Commençons par les nouveautés, le site a été un peu modifié cette année, la tente des labels indés se trouvent désormais sur la droite après l’entrée, perpendiculaire à la scène. Des écrans géants ont été installés de chaque côté de la scène, une très bonne idée, malheureusement ces nouveaux écrans en rideaux de LED rendent une image vraiment dégueulasse, archie-pixellisée avec des couleurs très étranges, dommage… La petite scène derrière la tour régie, s’est un petit peu étoffée par rapport à l’année dernière, bien qu’elle possède désormais un système son accroché plus conséquent, elle reste définitivement trop petite, pourquoi pas une vraie deuxième scène ?

C’est sous le soleil que s’ouvrent les portes du festival, cette première soirée rassemblera 8000 spectateurs soit la plus grosse affluence du week end, le traditionnel public indie rock ayant répondu présent, augmenté de nombreux fans d’Aphex Twin.
On ne parlera pas du concert d’Anika que l’on a pas vu, on devrait s’en remettre… Passons direct à la première bonne surprise du week end, le retour attendu des américains de Sebadoh. Lou Barlow et sa bande ont assuré un set impeccable, rappelant les grandes heures du grunge des 90’s à l’audience dont la moyenne d’age se situait quelque part entre la trentaine et la quarantaine. Visiblement ravi d’être là (voir la petite interview de Grandcrew par ici), Lou et Jason Loewenstein s’échangent régulièrement le chant, guitare et basse pour un concert très généreux.


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La soirée continue avec Electrelane. Les quatre filles de Brighton ont reformé le groupe cette année après quatre ans de silence, et notamment un passage à la route du rock en 2007. On a du mal a comprendre le concert de louanges qui a suivi cette nouvelle performance sur la scène de Saint-Malo.

Toutes les chansons sont calquées sur le même schéma, une petite ritournelle accrocheuse qui tourne en boucle et qui monte en intensité durant plusieurs minutes pour masquer le vide, avec deux chanteuses qui miaulent vaguement dans leur micro. Avec leur look de sainte nitouche, les quatre filles ont donné un concert très « pop premier de la classe », c’est sympathique, mignon et sucré mais vraiment trop propre pour s’exciter, et ce n’est pas leur reprise de « Run away » des Bronski Beat qui sauvera l’affaire…
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C’est ensuite au tour des Ecossais de Mogwai, d’investir la scène pour leur troisième passage dans ce festival. Disons le direct, sur disque ça n’a jamais été franchement notre truc à part pour faire la sieste et encore… Et bien en concert c’est pareil, on est resté complètement hermétique à ces lentes montées bruitistes. Le groupe joue fort et le revendique depuis toujours, le son est là, la saturation est maitrisée à la perfection, mais vraiment quel ennui ! La contemplation ne se prête pas forcément au festival, encore moins quand c’est un triste et lent déluge sonore, décidément pas notre truc.
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La révélation de l’hiver dernier prend alors possession de la scène, les Suuns de Montréal, le groupe est en effet le seul a avoir joué a la route du rock « collection hiver » et « collection été ». Très attendu après leur excellente prestation cet hiver, les Canadiens qui font un peu figure de petits poucets coincés entre Mogwai et Aphex Twin, donneront un très bon concert. Leur album « Zeroes QC » est joué en entier pendant 45 min, entre krautrock dansant et électro-rock. On a cependant pas pris la claque attendue, la scène était peut être trop grande pour eux, à revoir en club pour l’instant.

Sur la petite scène, Etienne Jaumet, nouveau nom à la mode en électro assure la transition pour Aphex twin. Et c’est une bonne idée cette deuxième scène, la soirée passant, il devient parfois un peu dur d’attendre les changements de plateaux, (oui on peut boire des coups pendant ce temps aussi, mais parfois on a déjà son quota…). Son set est efficace, mais la configuration n’est pas optimale pour bien entrer dans le son, mais on va le suivre en tout cas.


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On arrive à l’évènement de la soirée, le plus gros nom du week end, la performance de l’Anglais Richard D. James aka Aphex Twin. Personne ne sait réellement à quoi s’attendre, son dernier album « Drukqs » étant sorti en 2001. On sait juste que ça va faire mal, le type étant considéré depuis les années 90 comme le maitre de l’électro barré et tapageuse, entre drum’n bass et expérimental, entre hardcore et electronica. Ce petit bonhomme aux cheveux longs et raides, dépourvu de platines vinyles mais armé de nombreuses machines et controleurs MIDI, fera patienter le public de manière incompréhensible pendant 10 min avant de démarrer son set. Le public qui commença à sérieusement s’impatienter, lui pardonnera largement par la suite vu le niveau du mix qui va lui être offert.

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Le maitre Aphex prépare ses instruments de torture avant son set.

Accompagné d’un impressionnant dispositif laser et vidéo, le DJ va réussir l’exploit de faire danser les trois ou quatre mille festivaliers restants sur sa techno complexe mais heureusement beaucoup plus accessible que sur ses disques. Des cadreurs filment les premiers rangs du public, les visages sont ralentis, déformés, mélangés avec l’univers visuel d’Aphex Twin. Le visage bouffi et malfaisant présent sur les pochettes de « Come to daddy » et « I care because you do » est intégré à des emblèmes bien Français aussi variés que PPDA, Bécassine ou Panoramix, même notre petit Sarko en prendra pour son grade, comme les bigoudènes…

Cette performance de très haute qualité, qui restera dans les mémoires du festival, se terminera par 15 min de hardcore/breakcore apocalyptique. Et c’est là la marque des grands musiciens électro comme Aphex Twin, en nous tenant en haleine, en sachant faire monter puis retomber la pression,  il a été capable de nous faire passer n’importe quelle pilule qui nous aurait cassé les oreilles en temps normal. Un set d’une maitrise impressionnante, qui met une claque à tous les petits DJs à la mode du moment.

Fader Paper Backstage : l’équipe vidéo d’Aphex Twin est arrivée la veille au soir sur le site du festival. Les réglages des écrans et vidéo-projecteurs ont duré jusqu’à trois heures du matin.

Retrouvez les vidéos du week-end sur Arteliveweb, les photos créditées sont celles de Guillaume Chevalier, faites un tour par ici pour en voir plus, et d’autres belles photos sur Surveyor V.

>>> à la suite, le samedi sous la pluie, c’est par ici !

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