Revue subjective des 33èmes Transmusicales

Et oui avec douze scènes réparties dans huit salles, aux quatre coins de la ville de Rennes, pas facile de pondre un compte rendu détaillé du festival, tant le programme est riche. Où comment assumer un livereport fait de vérités, de rumeurs et de vidéos…

Prendre chaque année la route pour Rennes le premier week end de décembre tient du rituel. Attirés par les buzz qui montent les semaines précédentes, on en repart contents ou déçus, sourds et épuisés à chaque fois. Mais on y retourne, les oreilles à l’affut de musique fraiche, de découvertes improbables, il y a des années avec et des années sans… Et disons le direct, cette édition des Trans ne restera pas vraiment dans les mémoires.
Le jeudi tout d’abord, ou le festival était de retour au Liberté, la grande salle du centre de Rennes. Pas de concerts à L’étage cette année (la petite salle du haut, on se rappelle avoir failli y mourir écrabouillés en essayant d’y rentrer il y a deux ans), seul le bas est ouvert ce soir. Le bar est à l’extérieur, sous une grande tente blanche, bien triste, sans aucune déco. Les groupes à l’affiche sont totalement inconnus, peu de monde a fait le déplacement. Ouest France gonflera les chiffres jusqu’à 3500 entrées mais on est pas dupes, la fosse est clairsemée et les gradins sont presque vides. Du coup pas facile de mettre de l’ambiance dans cette froide soirée, surtout quand la musique n’est pas à la hauteur. Le public a laborieusement du subir Saidah Baba Talibah et son funk heavy-metal, Vinnie Who, un faux Mika dannois, Magnifico, un faux Kusturica slovène, et We Are Standard, des faux Radio 4 espagnols. Bref une soirée pleine de références et de faux semblants à oublier très vite, et l’électro des DJs français Christine n’y changera rien.
On ne pointera pas notre nez à la Salle de la cité, à la programmation soul-chanson-hip-hop-funk vraiment trop familiale, ni à l’Aire Libre où le label Kutu Folk avait carte blanche. Il y eu de très bons échos d’ailleurs mais, vous commencez à le comprendre, le folk tranquillou c’est pas notre truc.
Direction donc les halls du parc expo, l’affiche est quantitativement impressionnante, 51 groupes ou DJs répartis sur les quatre scènes pendant les deux jours, reste à voir le qualitatif…

Le vendredi, la programmation du Hall 4 ressemble à une affiche du Soy Festival de Nantes, expérimentale ! Le duo espagnol ZA ! ouvre les hostilités avec un math rock batterie/guitare/voix complètement barré. Le rockeur anglo-breton Robin Foster et son groupe calment le jeu avec une très belle prestation qui fait penser à Deus, Radiohead, ou Archive… dont le chanteur Dave Pen est invité à chanter sur quatre morceaux ! On repart vers l’étrange avec le saxophoniste Colin Stetson qui assure une magnifique performance seul avec ses deux saxophones. Et oui, on aurait pu craindre le pire, mais ce concert fut vraiment éblouissant, aérien, lunaire, il parvient à donner des rythmes et des mélodies avec sa gorge tout en jouant. Encore plus dingue, Alexander Tucker prend le relais, uniquement armé d’un sampler et d’une dizaine de pédales posés sur une table, pour des nappes sonores planantes, parfois bruitistes, complètement hallucinogènes. S’en suivent une ribambelle de DJs insignifiants…
Dans le Hall 9, les britanniques encapuchés Breton assurent une performance rock-électro-dub honnête, pas forcément à la hauteur du buzz qui les a précédé, Holly Cook inflige des chansons reggae-variété avec le sourire, et SBTRKT parvient à convaincre avec son dubstep aux voix samplées.
Dans le Hall 3, les Fuel Fandango donnent le sourire avec leur pop rock tout frais et les Stuck in the sound achèvent le public avec un rock survitaminé. Le dessinateur Luz assure les intermèdes aux platines, protégés par deux gardes du corps, imposés par le ministère de l’intérieur depuis sa fameuse couverture Charia Hebdo.
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Le samedi, le Hall 4 commence en douceur, avec la cumbia ensoleillée de Mexican Institute of Sound avant de sombrer vers le hip-hop mystico-soporiphique de Shabazz Palaces. Le collectif lyonnais Pockemon Crew nous réveille et nous en met plein les mirettes avec 15 min de break-dance très physique. On continue avec le concert très inégal de Spoek Mathambo et son rap cuivré aux rythmes africains. Spank Rock mettra le feu aux fans de hip-hop électro crado et complexe. On touche le fond avec la compagnie Engrenage et son cours de danse type flash-mob intitulé « Bal Funk », au secours, on se croirait sur Disney Channel…
Le Hall 3 est bien mieux loti et attaque la nuit avec les rockeurs a la bonne humeur québecoise Galaxie. Nouvelle très bonne surprise de cette édition, les halls sont désormais pourvus de compteurs de public qui ferment les portes une fois la jauge max atteinte, on ne verra donc pas Hanni El Khatib, le rockeur californien très attendu, la rumeur dit qu’il a bien fait le boulot, uniquement accompagné d’un batteur. On replonge dans l’Angleterre des Clash avec Janice Graham Band et son rock pas désagréable matiné de punk-reggae.
Dans le Hall 9, les minots de Besançon Carbon Airways, précédé d’un feuilleton médiatico-administratif (le préfet du Jura voyait d’un mauvais oeil leur venue aux Trans en raison de leur jeune age, 14 et 15 ans !), ont finalement brulé les planches et n’ont pas fait de la figuration ! Eleonore et Enguérand ont retourné la salle avec leur électro punk fou furieux, très impressionnant pour de si jeunes artistes ! Et on s’arrête là pour le Hall 9, le live d’Agoria étant lui aussi inaccessible, et la suite de moindre intérêt (Don Rimini, etc…).
6h38 du matin, le boss infatigable Jean Louis Brossard danse comme d’habitude au pied de la scène du Hall 4, sur la cumbia saturée de Senor Picante et Silverio, il prend le micro et nous lance son traditionnel « Rentrez bien, à l’année prochaine !« , on entend des « Jean Louis président !« , clap de fin.

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Alors tout ça c’est bien mignon mais on ne peut pas dire qu’on a découvert grand chose de vraiment palpitant ! Et voila ? C’est tout pour les Trans ? Et non, il reste une salle qui a sauvé l’honneur, l’Ubu ! Quatre concerts par jour programmés l’après midi, avec des groupes originaires de l’ouest, qui ont déjà participé à la tournée des Trans. Et selon nous, c’est là, qu’il y avait les vraies bonnes découvertes, c’est là qu’il y avait la fraicheur. On a déjà parlé de certains dans nos colonnes, bravo donc à Jesus Christ Fashion Barbe, Shiko Shiko, Juveniles, Mein Sohn William, Rhum for Pauline, Im Takt, Monkey and Bear, Wonderboy et tous les autres, vous avez mis une belle claque à un paquet de groupes bidons du Liberté ou du Parc Expo. Certains d’entre vous auraient amplement mérité de jouer sur une grande scène. On conclura donc cet article par une devise célèbre du rock and roll : Support your local bands !

Retrouvez tous les concerts de l’Ubu en vidéo ici !

 

Retrouvez de nombreux concerts du Parc Expo, du Liberté et de la Cité sur Arte Live Web !

Toute la prog, les liens vers les groupes www.lestrans.com

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