Bienvenue dans le monde de Daniel Johnston

En marge de l’exposition « Welcome to my world » présentée jusqu’au 20 mai, le Lieu Unique de Nantes accueillait en ce samedi 7 avril, un concert exceptionnel de Daniel Johnston. L’une des légendes de la contre-culture américaine nous a effectivement transporté dans son monde, fait de superhéros, de démons et de poésie.

Pour ceux qui ne connaissent pas l’animal, Daniel Johnston est un artiste américain, musicien et peintre à la fois. Sa musique se compose essentiellement de courtes chansons pop, naives et poétiques, seul à la guitare ou au piano. Très influencé par les Beatles, sa discographie renferme un grand nombre de petites perles pop, lo-fi et folk. Il acquiert un statut de songwriter quasi mythique dans le milieu indie après avoir été encensé par David Bowie, Kurt Cobain, Beck et plein d’autres. Petit détail, il souffre de sérieux troubles maniaco-dépressifs, il a été maintes fois interné depuis les années 90. Présent en France pour une courte tournée (Nantes, Paris et Poitiers), ce concert était juste incontournable et les 530 places assises avaient trouvé preneur dès l’automne.

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En première partie on trouva un vieux compère de Daniel, le musicien underground américain, Jad Fair. Seulement accompagné par un batteur français redoutable, le chanteur guitariste de Half Japanese affiche une belle énergie malgré ses airs de papi du rock et ses longs cheveux grisonnants. Excentrique, braillard, il éructe plus qu’il ne chante, maltraite sa guitare, la désaccorde brutalement. Son jeu bruitiste et décalé contraste avec la précision du batteur, qui envoie d’énormes rythmiques, à coup de double pédale de grosse caisse. Jad Fair finit par écraser le manche de sa guitare contre le sol jusqu’à la péter en deux. Le concert se termine devant les retours, au pied des spectateurs, Jad se lance dans une incantation à laquelle on ne comprend pas grand chose, le batteur frappe ses baguettes sur le sol jusqu’à ce qu’elles explosent, rideau, fin de la première partie.

Pendant le changement de plateau, le frère de Daniel installe le nécessaire pour le concert. Une chaise confortable, une table avec dix bouteilles d’eau et surtout le précieux pupitre avec la setlist et les paroles des chansons. Et oui, l’état instable du chanteur nécessite quelques précautions… Daniel arrive seul sur scène, le gars affiche une bedaine impressionnante dans son vieux jogging. On imagine que des années de médicaments et de nourriture saine, dont seuls les américains ont le secret, ont rendu l’homme carrément obèse. Il s’assoit et empoigne une minuscule guitare pour deux morceaux dont Last Song, et là on sent une stupeur envahir le public. Daniel chante péniblement et surtout il a beaucoup de mal à enchainer les accords de ses chansons. Il ressort de scène pendant deux minutes interminables « Je reviens avec le groupe  » .
Pour cette tournée, le LU a débauché deux musiciens pour faire le backing band, Kim à la guitare sèche et à la batterie, et Sébastien Adam, guitariste des excellents Bewitched Hands, à la guitare électrique et au piano. Le trio s’installe donc pour un nouveau départ et le public retrouve le sourire, l’ensemble sonne parfaitement. Bien que n’ayant jamais joué avec Daniel, hormis pendant la répétition de l’après midi, on jurerait que le duo de musiciens tourne avec lui depuis des années. Les tubes s’enchainent et les fans exultent dans la salle pour Casper the friendly ghost, Speeding Motorcycle, Life in vain
Daniel a l’air plutôt à l’aise malgré ses mains qui tremblent d’une manière impressionnante, il a les yeux rivés sur son cahier de paroles. Il faut avouer qu’il a l’air quand même bien atteint mentalement « Merci, les gens de… ? Je croyais qu’on était en Irlande, mais non en fait, dans quel pays sommes nous ? ». Coup de panique quand il ne retrouve plus les paroles d’un morceau « Je vais essayer de le faire de mémoire… Ah non les voila ! ». Ouf…
Certains moments sont vraiment touchants, quand Daniel chante juste accompagné par le piano de Seb, comme sur Some things last a long time ou sur True love will find you in the end qui conclut le concert. Le groupe repart en backstage sous une véritable ovation. Ils reviennent assez vite, deux chansons sont prévues pour le rappel. Kim s’installe à la batterie, Sébastien à la guitare. Daniel leur fait signe de ne pas commencer le morceau, il chante The Devil Town a cappella puis s’éclipse rapidement vers l’arrière scène. Les deux musiciens se regardent stupéfaits, tout le monde comprend que Daniel ne reviendra pas.
Fin du concert au bout d’une petite heure. On aurait pu craindre qu’un côté « animal de foire » se dégage de cette soirée, que la démence fasse tomber le show dans la déchéance, et ce ne fut pas du tout le cas. Le bonhomme est certes sérieusement aux fraises, mais le côté irrésistiblement pop de ce concert l’a largement emporté. Une setlist bourrée de tubes, des musiciens parfaits, Daniel Johnston est dingue mais c’est un génie de la pop, la preuve.

L’exposition « Welcome to my world » est ouverte à l’étage du Lieu Unique du mardi au dimanche, plus d’infos ici

www.hihowareyou.com

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