De retour de l’enfer, reportage au Hellfest

Dimanche dernier, la sixième édition du Hellfest de Clisson s’est achevée sur un bilan plus que positif avec 112000 billets vendus en trois jours. Un succès incontestable qui fait de ce festival l’une des références mondiales en musiques extrêmes.

Arrivés le samedi après midi sur place, cette nouvelle édition commençait très mal pour nous. Après un contrôle en règle des douanes françaises en sortant de l’autoroute, il a fallut se garer a des kilomètres, tous les parkings ayant affiché complet dès la veille. Une bonne petite marche plus tard, on pénètre naivement au bureau des accréditations, sans se douter que deux heures de négociations, d’énervements et de dépense d’énergie inutiles nous attendent. On finit par rentrer sur le site a 19h, plein d’amertume, de colère et de rancoeur, et après moults hésitations, on se décide finalement a pondre ce petit compte rendu. Le Hellfest est un évènement à dimension mondiale qui se passe à deux pas de chez nous, on se doit d’en parler sur ce modeste blog, malgré la mauvaise foi incompréhensible de certains. N’étant pas spécialement métalleux, on y va au moins une journée par an, pour l’ambiance, la déco, les rencontres qui rendent ce festival unique, et quelques groupes quand même…

A cause de la construction du nouveau lycée de Clisson, le festival est déplacé cette année de quelques centaines de mètres, l’occasion de repenser entièrement la disposition du site. Les années précédentes, on découvrait dès l’entrée les deux immenses Mainstage ou se produisent les têtes d’affiches, deux scènes plutôt orientées trash/heavy métal, elles sont désormais tout au fond, en contrebas. Deux grands chapiteaux de cirque accueillent respectivement les scènes « The Warzone », dédiée au hardcore et « The Valley », tournée vers le doom. Mais la grande nouveauté de cette édition, c’est cet incroyable chapiteau bleu en triangle qui semble avoir été monté pour la première fois. Il est conçu pour accueillir les deux nouvelles scènes, « The Altar » ou résonne le death-métal et « The Temple » qui, surplombée par une grosse croix à l’envers réjouira les amis de Satan et les fans de black-métal.

Six scènes donc, et un programme surchargé de 10h30 à 2h du matin, avec plus de 150 groupes en trois jours ! A l’entrée on passe sous une cathédrale de ferraille qui s’enflammera la nuit venue. La déco à l’intérieur, signée comme tous les ans par Monic la Mouche, est la plus classe et la plus soignée que l’on ait jamais vue en festival. Des dizaines de containers et de structures couleur rouille qui servent de bars, de stands merchandising, de tours d’éclairages. Un univers MadMax qui révèle toute sa splendeur à la nuit tombée, quand les feux et les projecteurs s’allument dans la ferraille. Un sous bois entièrement décoré permet de se poser un peu, sur la route du bar à vin, ou l’on sert le fameux muscadet cuvée Hellfest produit par les vignerons locaux. L’Extrem Market est aussi  présent cette année, il s’est même agrandi avec un espace extérieur. Véritable supermarché du métal, le public y trouve tout le nécessaire pour assouvir sa passion : disques, fringues, tatouages, piercings, badges, bijoux, lentilles de contacts façon vampire, guitares et même un fabricant de cornes de vaches qui peuvent servirent de godet.

 Le public vient des quatre coins du monde, le Hellfest est devenu en quelques années l’évènement majeur sur le circuit mondial des musiques extrêmes. On y entend parler l’anglais, l’espagnol, l’italien, le russe et plein de langues non identifiables venues d’ Europe du nord. Le festival est devenu une étape pour les voyageurs au long cours, comme ces québecois de Montréal, rencontrés tard dans la nuit, qui commencent leur tour d’Europe par cette étape à Clisson. Une foule calme et respectueuse, une marée noire paisible, loin des hordes barbares décrites par les intégristes catholiques, qui essaient par tous les moyens de mettre des batons dans les roues des organisateurs (plusieurs fausses alertes à la bombe recensées cette année, quand même…). Punks, métalleux, gothiques, hardcoreux, paganistes, tous assument le port du kilt, du casque viking ou du tee shirt Iron Maiden, tous communient (surtout les plus jeunes) dans les violents pogos, circle pits, walls of death ou brave hearts dans la joie et la fraternité (si vous ne comprenez rien à ces termes étranges allez voir ici ou pour éclairer votre lanterne). Grâce a la lourde pluie du vendredi, plusieurs combats de catch dans la boue s’improvisent près de la Warzone le samedi, avec un arbitre et une audience en délire.

De plus en plus de familles viennent aussi en curieux, l’après midi les enfants gambadent au milieu de la déco, avec des petits casques de chantier sur les oreilles. La bonne humeur générale (et le muscadet) favorisent les rencontres, qui permettent de mieux connaitre ce public, qui ne mange pas les enfants, contrairement a ce que pensent certains…Pleins de rencontres très sympathiques, comme avec ce petit couple lyonnais très souriant au look gothique. Lui est chercheur en énergies renouvelables, elle est étudiante et leur truc à eux, c’est le black métal, ils passeront tout le week end devant la scène « The Temple ». Un autre petit couple venu cette fois de Londres, lui a fait le dernier site internet de Guns n’roses et se retrouve invité un peu par hasard à suivre la tournée européenne avec sa copine. Et des rencontres bien plus improbables, comme avec ce jeune gendarme d’Orléans, fan de hard rock, qui vient pour la deuxième fois a Clisson. Boire des coups et devenir pote avec un gendarme, c’est ça la magie du Hellfest !

Et il en a fallu du courage a ce public pour garder sa bonne humeur, avec 30000 entrées supplémentaires par rapport a l’an dernier, le site a eu du mal a suivre cette marée humaine. Le point noir de cette année concerne tout ce qui est sanitaires, des files d’attente impressionnantes se sont formées devant chaque toilettes disponibles. Au camping, il fallait compter deux heures de queue pour prendre une douche, accessible uniquement avec un « bracelet douche  » a 6 euros les trois jours… Et comme d’habitude, c’est la gente féminine qui a le plus souffert de ces dysfonctionnements, pendant que les mecs réglaient ça a la sauvage. Résultat le dimanche, certains endroits du site comme The Warzone étaient presque inaccessibles a cause des odeurs pestilentielles. Même problème avec le ridicule stand SFR qui permettait de recharger son téléphone moyennant plusieurs heures de patience, pareil pour les parkings et les campings saturés… Bref, le festival aurait il voulu grossir un peu trop vite ? Faire une grosse billetterie c’est bien, respecter le confort de ses festivaliers c’est mieux. Messieurs dames de la régie du site, le public vous attendra au tournant l’année prochaine…

On conclura en parlant un peu de musique enfin … N’étant pas des spécialistes du genre, on ne peut faire de véritable compte-rendu artistique mais on retiendra quand même le hip-hop métal de Dog Eat Dog, la violence de Napalm Death, Machine Head et Entombed, l’horrible rock FM de Guns n’ Roses, le retour décevant de Refused, le show black métal de Béhémoth, la performance écourtée d’Ozzy Osborne, le black « cabaret » de Vulture Industries, le hardcore puissant de Walls of Jericho et Hatebreed…. et plein d’autres choses surprenantes, intéressantes, remuantes, dérangeantes et bruyantes que l’on pourra redécouvrir dans les prochaines années. Hellfest, see you next year !!

Retrouvez des vidéos du week end sur Arte Live Web et des photos sur les galeries de Hellfest.fr

.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>