La Route du Rock 2012, le compte rendu fleuve

On ne l’espérait plus et c’est enfin arrivé, cette nouvelle collection été de la Route du Rock de Saint-Malo s’est déroulé sous un soleil de plomb. Cette météo clémente n’aura malheureusement pas suffit a sauver le festival du bouillon annoncé depuis plusieurs semaines et la billetterie n’aura enregistré que 14000 entrées payantes contre 20000 l’année dernière. Gloups. Et c’est bien dommage car malgré l’absence de têtes d’affiches, cette programmation réservait quand même de très belles surprises.

On ne va pas s’étaler sur la météo comme à la boulangerie, mais quand même, quel bonheur de profiter enfin du plus célèbre festival indie rock Français sous le soleil. On pourrait parler des heures des trombes d’eau et océans de boue que l’on a subit dans notre longue expérience Malouine, mais comme le rappelle très justement Fred du site non officiel du festival, la pluie n’a touché que 4 soirées sur 54 au fort de Saint-Père soit 7,4 % des soirées depuis 1994. Merci Fred pour ce judicieux point météo qui remet les pendules a l’heure.
Ce n’était donc pas la foule des grands jours cette année dans le fort. Plusieurs raisons seraient responsables de cette faible billetterie. La mauvaise météo des deux dernières éditions qui en a refroidi quelques uns, surtout ceux qui viennent de loin; les Anglais absents cette année, restés à Londres profiter des concerts géants offerts pendant les J.O; La crise, « les gens n’ont plus de sous » (ah elle a bon dos cette crise tiens); L’absence de tête d’affiche à part the XX, qui ont eu un beau succès en 2009 mais qui n’ont pas la réputation d’être des bêtes de scène non plus, etc, etc… Peut être est ce aussi la faute a une programmation toujours plus sage et toujours plus spécialisée. La Route du Rock aurait elle pris un coup de vieux ? En tout cas elle n’attire plus les jeunes (nous estimerons l’age du jeune a moins de 25 ans) alors que les vieux sont légions dans le fort Saint-Père (le vieux aurait entre 30 et 45 ans). Les vieux, ceux la même qui avec les années désertent les festivals, saoulés par des campings inconfortables, des navettes bondées, des toilettes cradingues, alors s’il n’y a pas de jeunes pour renouveler les troupes… La Route du Rock n’a jamais été un rassemblement punk non plus, elle a toujours été plus pop que rock, mais elle s’enferme toujours plus, peut être sans s’en rendre compte, dans son image de festival posé, ou l’on ne dansera pas, ou l’on ne fera pas trop de bruit… chut… Cela convient encore aux vieux, dont nous faisons partie, mais surement plus aux jeunes. Alors le jeune qui veut s’éclater avec ses amis, que fait il ? Il garde ses sous pour les Vieilles Charrues et pis c’est tout.

Voila pour l’introduction, passons maintenant aux quelques nouveautés de cette édition. La billetterie se situe désormais tout en haut du site, près du camping et du parking, ce qui évite des allers retours inutiles. Le stand des labels est maintenant dans le premier espace après l’entrée, avec le merchandising. Une dizaine de labels sont présents dont Clapping Music, Pan European Recording, Ideal Crash… Au niveau technique, les trois écrans à Led sont plus grands que l’an dernier mais l’image reste vraiment d’une qualité très moyenne, et la deuxième scène est toujours aussi minuscule. Enfin, et c’est une grande victoire, le système son de la grande scène à changé. Ca ne vous dira surement rien mais passer des enceintes Nexo Geo-T aux L-Acoustics V-Dosc a permis le retour du bas-medium pour un son beaucoup plus rond et moins agressif que d’habitude.

Au niveau artistique, on a pas vécu de véritable claque, pas de concerts dont on parlera en disant a nos petits enfants « Papy y était » , comme Battles l’an dernier, Sonic Youth et LCD Soundsystem en 2007, Yeah Yeah Yeahs en 2003… Pas de claque mais beaucoup de bons moments qu’on vous détaille ci dessous.

Vendredi 10 Aout :

Le duo parisien Yeti Lane, dont on a déjà parlé ici, ouvre le festival vers 18h30. Ils essuient les platres sur la petite scène devant un public clairsemé. La régie étant placée sur le côté de la scène, on ne peut pas demander au technicien de faire des miracles, du coup leur performance se transforme vite en concert de larsens et sifflantes en tout genre. Dommage.

Alt-J prend ensuite possession de la grande scène. Le groupe est très attendu, précédé par un gros buzz de la blogosphère relayé par France Inter qui diffuse les deux singles du groupe depuis quelques semaines. Et ils n’ont pas déçu ces petits anglais, malgré le soleil qui leur cogne en pleine face, ils nous ont offert un concert très fidèle à l’album An awesome wave, peut être un peu scolaire diront certains. Mais le groupe joue bien, les harmonies vocales sont parfaites, ils sont ravis d’être là et le clavier nous cause en français dans le texte. Extase pour le dernier morceau avant le rappel, le single Breezeblocks qui met tout le monde d’accord.

On continue dans la pop tranquille avec Patrick Watson et son gang de Montréal. Toujours aussi lunaire, le québecois envoute le public avec sa folk orchestrale et lumineuse. Les tableaux se succèdent, lui est parfois seul au piano, avant de se rassembler avec tous ses musiciens autour du même micro. Patrick est charismatique, généreux, drôle, Patrick t’es cool, ne change rien.

Dominique A débarque ensuite bien entouré, avec sa section de vents derrière lui avec saxo, hautbois, clarinette, etc… Le seul français du week end jouant sur la grande scène est venu interpréter son nouvel album Vers les lueurs. Il nous avait bluffé en 2010 en solo avec ses pédales de boucles, faisait monter ses morceaux dans des tourbillons noise. La performance se veut plus classique aujourd’hui et on rentre beaucoup moins dedans. Malgré les belles lumières, un genre de store a l’horizontal au dessus de chaque musicien qui laisse plus ou moins passer la lumière, on a du mal a accrocher a la performance pourtant très classe du grand chauve, peut être vraiment trop chanson et plus assez rock pour nous.
On a été bien déçu aussi par le rock mystique de Spiritualized. Jason Pierce et sa bande sont disposés en arc de cercle, lui est complètement à cour, tourné vers ses musiciens et ses choristes blacks. Le concert partait pourtant très fort avec le single Hey Jane, avant de s’enfoncer petit a petit dans des ballades mollassones dont ils ne sortiront que rarement la tête.
Le génial duo australien Civil Civic assure la transition sur la petite scène. Après le concert impeccable qu’ils nous avaient offert au Lieu Unique de Nantes le week end précédent, on est tombé de haut en entendant leur sauvage électro-rock massacrée par la sono de la petite scène, dix fois trop fort avec des larsens dans tous les sens. Ben, le bassiste, se met quand même le public dans la poche avec son désormais célèbre « Salut les meufs, cimer les mecs » .

Les organisateurs ont cassé leur tirelire pour faire venir le groupe suivant, The Soft Moon. Le groupe fait en effet l’aller retour de San Francisco pour jouer à Saint Malo, ils resteront tout le week end pour profiter du festival. Et on se demande bien pourquoi leur venue était tellement indispensable. Le trio emmené par Luis Vasquez est pourtant très sympathique mais leur musique, un mélange de coldwave et de krautrock bien glauque, plombe vraiment l’ambiance.
Et on ne peut pourra pas compter sur Squarepusher pour réchauffer l’atmosphère. Ce petit cousin d’Aphex Twin se présente avec un écran de Led derrière lui, devant ses machines et même sur son masque futuriste. Son électro  est très dure, très sombre, hyper breakée, ne laissant jamais un rythme auquel se raccrocher. L’anglais joue des morceaux de quelques minutes et non pas un mix qui s’enchaine, l’ambiance retombe donc régulièrement et le fort se vide a vu d’oeil. Un vendredi en demi teinte donc.

Samedi 11 aout :

On commence en douceur et toujours sous le soleil avec l’électro planante et vintage d’Egyptology sur la petite scène.

Le quatuor londonien Veronica Falls fait son entrée sur la grande scène. Deux gars, deux filles assez BCBG armés de grosses guitares 60’s qui nous offre un concert de pop sautillante assez classique qui ne déborde pas d’originalité.

Arrive enfin le premier vrai moment rock du week end, le concert de Savages. On ne connait pas grand chose de ce groupe a part les deux titres lachés sur le net. Au chant on retrouve Jehnny Beth, échappée de John and Jehn, déjà passé par la collection hiver. On découvre quatre filles entièrement vêtues de noir qui nous envoient un post punk rythmé et rageur, un rock sombre et électrique qui fait enfin bouger les jambes et ça fait du bien.
On se calme ensuite avec le quintet américain en vogue depuis le printemps dernier, Lower Dens. La chanteuse Jana Hunter mène la danse avec sa voix androgyne, sa guitare et son vieux clavier Korg (avec sa frange et ses grosses lunettes, on l’imagine bien jouer dans des films 80’s genre les Goonies ou Chérie j’ai rétréci les gosses). Un concert de pop mélancolique et vaporeuse fidèle à l’esprit de l’album Nootropics. Ils nous jouent en dernier le super single Brains qu’ils font durer et monter en pression.

On enchaine avec la tête d’affiche du week-end, le trio anglais The XX. Ayant joué la veille au Sziget de Budapest, le groupe débarque avec un semi-remorque de matériel rempli de lumière, de déco, de matériel vidéo. Surplombé par un X géant en plexiglas, le groupe offre un très beau show visuel, avec de belles lumières froides, noyées en permanence dans une épaisse fumée. Musicalement on s’ennuie pas mal, le son est très propre mais complètement aseptisé, on croirait entendre le cd. Jamie XX  lache brièvement quelques beats dubstep dont il a le secret mais ça ne décollera jamais vraiment. Malgré quelques moments complices entre eux, le groupe est très froid et même les singles attendu comme Islands ou Cristalised peinent à enflammer les foules. Bref, The XX auraient mieux fait de venir en Twingo et d’assurer un peu plus le spectacle.

Willis Earl Beal prend le relais sur la petite scène pour un concert en solo avec son impressionnante voix soul, pendant que Mark Lanegan et son groupe s’installent sur scène. On ne le sait pas encore mais on va assister à l’un des moments les plus classes de cette édition. Mark Lanegan, ce n’est pas n’importe qui, il a quand même monté son premier groupe avec un certain Kurt Cobain, avant d’officier dans Screaming Trees et Queens of the Stone Age pendant de nombreuses années. Il arrive le visage bien marqué, les yeux cachés par sa casquette et ses cheveux, et c’est parti pour 50 min d’un rock sombre et habité. On se laisse embarquer par sa voix rauque et son quartet qui joue irrésistiblement bien. Les guitares sont toutes en slides et en arpèges avec un trémolo omniprésent, le clavier ajoute des nappes psychédéliques. Le groupe évolue entre des morceaux rythmés et des ballades pour évadés de prisons américaines, quelque part entre les Queens of the Stone Age et Johnny Cash. La classe on vous dit.

On conclut cette deuxième soirée avec Breton. On les avait découvert cet hiver aux Transmusicales et déjà on se disait qu’il leur manquait un petit quelque chose pour nous faire vibrer. Certains morceaux sont pourtant pas trop mal, bien que souvent calqués sur Foals ou Klaxons, mais on tombe souvent dans un pot pourri entre dubstep, electro et indie et on a parfois du mal a suivre. Enfin, on ne va pas faire les rabats-joies, les londoniens ont fait le job, et le public du fort Saint-Père a enfin pu se lacher, conquis par leur bonne humeur communicative.

Dimanche 12 aout

Comme les jours précédents, ça commence sur la petite scène avec Judah Warsky, membre de Turzi qui officie en solo avec ses claviers et ses pédales de boucle.

Un autre bon moment de rock nous attend sur la grande scène avec Cloud Nothings. Quatre petits branleurs de Cleveland, Ohio, au look de teenagers américains qui nous réveillent avec leur power pop pêchue bourrée de tubes, s’embarquant dans des longues montées noise, à l’image du single Wasted Days.

Un vétéran prend la suite toujours sur la grande scène, l’un des monstres sacrés du rock indé, Stephen Malkmus et son groupe The Jicks. L’ancien leader de Pavement est très décontracté avec son look d’éternel étudiant, sort des vannes en français, enchaine ses morceaux de pop naive mais faussement simples. Mais Stephen Malkmus sans Pavement c’est un peu comme Franck Black sans les Pixies ou Lee ranaldo sans Sonic Youth, c’est vachement moins bien. Passé le côté sympathique du groupe, on s’ennuie assez vite car tous les morceaux se ressemblent un peu. Un concert pas transcendant, distrayant tout au plus.

On arrive à la faute de gout du week end, il en faut bien une, le groupe dont on se demande vraiment comment il s’est retrouvé là, Chromatics. Emmené par la belle Ruth Radelet, sa voix aérienne et son futal moulant a paillettes, le groupe nous plonge dans une espèce de disco cold wave sombre, précieuse et pas dansante pour un sous. Romy, la chanteuse de The XX est sur le côté de la scène et semble apprécier. Nous on s’empressera de les oublier.
Mais on avait encore rien vu, car c’est ensuite le retour d’une habituée, Hope Sandoval et son groupe Mazzy Star, groupe de pop apparemment mythique des années 90. Et là on se dit, merci les Rock Tympans, nous infliger une heure dix de pop sirupeuse et chiante comme la pluie a 23h le dimanche soir, merci du cadeau, pour vous couper les jambes y a pas mieux. Si on ajoute à ça le fait que le groupe joue dans le noir avec des images défilant derrière lui, là c’est carrément bonne nuit les petits, merci encore.
Heureusement les newyorkais The Walkmen vont nous sauver de ce marasme. On a du mal à écouter leurs albums qui manquent un peu de distorsion, et pourtant c’est vraiment le genre de groupe qui prend toute sa dimension sur scène. Un concert toujours sur le fil, au bord de l’explosion, avec une tension qui vous tient en haleine du début à la fin. Le chanteur Hamilton Leithauser mène la barque dans son costard cravate et le single éponyme du dernier album Heaven joué en deuxième met le fort sur orbite jusqu’à la fin de ce show très classe.

Dernier concert du week end avec Hanni El Khatib et son blues rock illuminé qui parait un peu décalé dans cet océan de pop. On est habitué à terminer la Route du Rock avec des DJs plus ou moins convaincants, terminer avec du rock bien fiévreux c’est bien aussi. En tout cas le californien et ses deux musiciens ont rempli leur mission, et nous ont offert un beau final tout en décibels et en riffs rageurs en déroulant les titres du très bon album Will the guns come out.

Voila, la Route du Rock c’est fini, on restera sur un bilan artistique plutôt positif malgré quelques aberrations. On espère que malgré le trou financier de cette année le festival survivra, qu’on retournera profiter de cet évènement artisanal a taille humaine, ou l’on peut voir Stephen Malkmus jouer au palet backstage et faire claquer le flipper La Famille Adams dans les loges. Que Rock Tympans puisse continuer à faire jouer nos héros malgré les cachets toujours en hausse et nous faire découvrir des jeunes pousses, c’est tout ce qu’on souhaite, nous et tous les afficionados du festival. Alors Route du Rock is not dead, promis  ?

Retrouvez certains concerts du week-end sur Arte Live Web
Retrouvez des belles photos du week end sur le blog Surveyor
Retrouvez tous les comptes rendus sur le site non-officiel du festival
Toutes les photos sont signées Guillaume Chevalier, retrouvez d’autres photos sur son site

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