Livereport : trois nuits au Soy Festival

Le Soy Festival organisé par l’asso nantaise Yamoy s’est terminé dimanche soir sur un bilan plus que positif, toutes les soirées ayant affiché complet ou presque avec 3000 spectateurs curieux et mélomanes. On a assisté à une très belle 10ème édition, pleine de découvertes indés, bruyantes et différentes. Merci Yamoy.

 

Mercredi 31 Octobre @ Stéréolux

La salle micro de la super-structure nantaise affiche complet ce soir pour la première soirée du festival. Le producteur américain Nosaj Thing a malheureusement déclaré forfait pour des problèmes de santé, c’est donc une obscure formation, 2kilos and more, qui a la lourde tache d’ouvrir la soirée. On devine derrière un écran vidéo plus ou moins transparent un mec aux machines et une fille a la basse, avec Black Sifichi au chant,  pour un mélange très lent d’électro/dubstep sombre et ennuyeux. La moitié de la salle patiente entre le hall et le coin fumeur.
Micachu and the Shapes prend le relais avec sa pop bricolée et approximative. A la demande du groupe, et c’est assez inhabituel, la lumière reste fixe et allumée en salle, pourquoi pas… Elle désaccorde sa guitare au pif entre les morceaux, chante un peu faussement avec sa voix éraillée, le batteur tape fort et les sons de claviers semblent sortis de jouets pour enfants. C’est plutôt amusant même si certaines chansons paraissent quand même trop « légères » et trop bancales pour nous rentrer dans la tête.

BRNS (photo moche du dessus), le quatuor de Bruxelles le plus en vue du moment prend possession de la scène. On écoute en boucle leur superbe EP Wounded depuis quelques semaines et on attend beaucoup de ce concert. Le clavier, le guitariste et le bassiste semblent effacés à côté du batteur/chanteur placé à cour un peu en hauteur. Véritable chef d’orchestre, il mène le concert avec beaucoup d’élan, semble complètement habité par ses morceaux. Dans les moments les plus tendus, quand la voix est plus écorchée, on ne peut s’empêcher de penser a la pop de Wu Lyf (vu l’an dernier sur cette même scène). BRNS c’est beau et énergique, planant et poignant, joyeux et mélancolique… on passe par tous les états et le concert est excellent, tous les titres de Wounded sont joués, plus un titre inconnu. Assurément le premier temps fort du festival.
La soirée se termine avec le trio néo-zélandais Die!Die!Die qui donne dans la power/pop/punk. Très énergique et souriant, le chanteur descend dès le début chanter dans le public et chauffe les spectateurs à blanc. Le suite sera un concert supersonique à la hauteur de nos attentes, ils déroulent les titres de leur nouvel excellent album Harmony et offrent une parfaite conclusion à cette première soirée.

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Jeudi 1er novembre
@ Le lieu unique

Cette deuxième soirée a aussi fait le plein à l’étage de la scène nationale de Nantes. Lotus Plaza ouvre la soirée avec sa pop aérienne bourrée d’effets, delays et reverb sur la voix. Le concert commence plutôt bien et on se perd peu à peu dans leur musique un peu surchargée. Lockett Pundt, guitariste de Deerhunter, et ses musiciens semblent un peu absents et ce concert ne déclenche pas vraiment l’enthousiasme, le public encore un peu froid se contente d’applaudir poliment.
On plonge ensuite dans les ténèbres avec le trio Skoal Kodiak, originaire de Minéapolis. Le groupe joue dans une ambiance très sombre, éclairé par quelques loupiottes clignotantes. Du rock qu’on pourrait qualifier de toxique, avec un batteur qui cogne, une basse lourde et une voix maléfique noyée dans des nappes noise et abstraites.

On termine en beauté avec le couple américain Quintron & Miss Pussycat. Le spectacle commence avec dix minutes de marionnettes dans un petit castelet  en plastique. Malheureusement la scène est trop basse et même si ça a l’air très drôle, seul les premiers rangs en profitent. Le concert commence vraiment quand Quintron s’installe derrière son Orgue Hammond relié à une cabine Leslie et c’est parti pour une heure de surf-électro-garage vintage, avec des gros beat et un son purement 60’s. Un concert vraiment fun et généreux ou le public se lache, danse et hurle jusqu’à la fin. Incontestablement le vrai temps fort de cette soirée.

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Vendredi 2 novembre @ Le lieu unique

Habitué à changer de lieu tous les jours, le festival reste exceptionnellement au même endroit à cause de problèmes de planning mais investit ce soir trois espaces du lieu unique. Après la performance audio-vidéo hallucinée de Verity Susman (chanteuse d’Electrelane) dans le bar du rez de chaussée, c’est Pete Swanson qui s’occupe sévèrement de nos oreilles avec un live en quadriphonie à l’étage. Entre hard-techno aux lourdes basses et noise stridente, l’américain nous emmène dans une rave expérimentale de haute volée, dans la pénombre totale avec bouchons d’oreilles obligatoires.

La soirée continue vers 21h dans le majestueux grand atelier pour accueillir la tête d’affiche du week end. Les négociations ont été âpres avec le géant américain Pitchfork qui tient son festival en même temps à Paris. Animal Collective ? Grizzly Bear ? Ce sera finalement le collectif canadien Godspeed You ! Black Emperor qui tiendra le haut de l’affiche. La soirée est elle aussi complète, les 1300 tickets ont été épuisés il y a déjà plusieurs semaines.
En première partie, on écoute la bonne surprise de la soirée, Dope Body, un quatuor de Baltimore qui réveille tout le monde grâce à son son rock groovy et brutal, avec une basse slappée à la Primus, une guitare toute en chorus et un chant explosif. Ca y est le public est désormais chauffé par les assauts de ces fous furieux, l’ambiance va malheureusement retomber avec la drone-ambiant de Barn Owl. Le duo californien sévit avec guitares et machines au service de longues nappes sonores réverbérées, on peut trouver ça planant, on peut aussi trouver ça chiant, c’est au choix.
C’est maintenant l’heure de la grande messe post-rock, le public se rapproche de la grande scène pour accueillir GY!BE qui arrivent à huit sur scène aux alentours de 23h. Sur le papier, c’est pas vraiment notre truc, un peu comme Mogwai, mais on y va plutôt confiant, ayant beaucoup apprécié leur dernier album. La lumière est sombre et rouge pour laisser le champ libre aux quatre projecteurs 16 mm qui habillent le fond de scène avec des images plutôt abstraites. Comme prévu le concert est très lent, les morceaux de 25 minutes s’enchainent avec des longues montées de guitares saturées, de cordes et de percussions. Les fans ont l’air ravis mais la chaleur, le volume sonore et le manque de rythme nous poussent vers la sortie au bout d’une heure, tant pis, on aura essayé… On apprendra par la suite que le concert a duré plus de deux heures, on ne sait pas combien de personnes ont tenu jusqu’au bout.

Le festival s’arrête là pour nous, a part la délicieuse après-midi du dimanche avec le concert solo de Sven Kacirek, son marimba, ses machines et ses pédales de boucles. Proche de l’univers de Steve Reich (dont il réinterprète le célèbre Clapping Music), le musicien joue devant une grande baie vitrée à la Maison de l’Erdre, avec pour fond de scène les bambous et les bords du fleuve. Soy nice.

Bravo Yamoy pour cette très belle édition, Soy nous manque déjà, à l’année prochaine !

www.festivalsoy.org

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