Mathieu Boogaerts à la salle Paul Fort, un peu de douceur dans ce monde de brute

Il y a des jours comme ce dernier samedi de novembre ou on sent l’électricité dans l’air… Le festival Cultures Bar-Bars qui s’est tenu avec succès dans plus de 80 bistros nantais, les manifs anti-aéroport qui ont rassemblé plusieurs milliers de personnes contre un projet inutile, décibels et canon à eau, bières et lacrymos… un vrai cocktail, comment dire… électrique ! Pourtant à quelques minutes de marche du tumulte, cinq cent personnes s’engouffraient à l’abri de la tempête, dans la célèbre salle Paul Fort. Toutes venues prendre une bouffée d’air frais avec la performance solo de Mathieu Boogaerts.

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Crédits illus : Clerpée

 Pas de première partie ce soir, à 21h pile Mathieu Boogaerts arrive seul en scène  avec sa guitare, ovationné par un public de fidèles. Depuis plusieurs semaines, la salle de la place Talensac affiche complet pour ce concert. Et c’est tant mieux, car la Bouche d’air reçoit ce soir un chanteur qui fait partie des quelques artistes de chanson française écoutables (cf l’article sur le passage de Bertrand Belin dans la même salle). Le chanteur débarque avec son tee shirt fushia fluo, ses cheveux en pétard et son air toujours aussi lunaire. Il attaque en demandant si certains  dans l’assemblée étaient présents  en 2002, lors de son dernier concert dans cette salle : « je sais pas vous, mais j’ai un horrible souvenir de ce concert, ça s’est peut être pas trop vu mais pour moi cette date a été un cauchemar ! ». Lors de cette tournée, Mathieu jouait avec une sorte de petite montagne en décor et un écran vidéo : « A un moment j’étais là, assis sur mon rocher, complètement perdu… surement l’un de mes cinq pires concerts ! ». Rire général.
Toujours aussi drôle et nonchalant, il se met le public dans la poche en deux minutes et enchaine les chansons, entre vieux morceaux et nouveautés (son nouvel album est sorti le 1er octobre). On entend pêle mêle des titres de ses albums J’en ai marre d’être deux, 2000, Michel et I love you comme Siliguri, Come to me, Jambe, Corrine, Le ciment, Attention et les plus récents Je sais, On dirait que ça pleut, Sylvia, J’entends des airs

A l’image de sa musique, le spectacle est assez minimaliste. Uniquement armé de sa guitare électrique noire, il joue peut être sur le plus petit ampli du monde, un petit cube noir de 15×15 cm branché à quelques pédales à ses pieds. Un piano électrique placé côté cour ne servira que pour deux morceaux. Il se déhanche parfois très lentement, à la manière d’un Elvis au ralenti. La lumière est fixe mais changera plusieurs fois de couleur à sa demande « lumière trois ! », tout comme le son « reverb deux ! ». Mathieu communique tout le temps (« Faut que j’arrête de causer, vous en avez pas marre ? »), sort des vannes en permanence, même en plein milieu des chansons : « Vous savez comment ça m’est venu ce truc là ? Vous connaissez Justin Timberlake ? ». Bref on rit beaucoup au milieu de ses morceaux naifs et désabusés, parfois presque enfantins… Les amours déçus, les voyages de noces ratés, les bébés, les enfants, ça pourrait sembler bien cucu. Pourtant ses petites pop songs sont si bien ficelées que ça passe tout seul.

Au bout d’une heure et demie, « je voudrais pas que ça devienne indigeste alors je vais sortir de scène et revenir faire le premier rappel, ça va être le quart d’heure des tubes ! ».  De retour donc, avec le tube daté de 2002 Las Vegas et quelques autres pépites, avant un rapide dernier rappel. En conclusion la réalité nous rattrape avec un petit mot sur Notre-Dame-des-Landes « je ne suis pas ce qui s’appelle un chanteur engagé mais ça ne m’empêche pas de penser des trucs, je suis absolument contre cet aéroport, ça me paraît dingue qu’il y ait encore des projets comme ça en 2012 ! » Ovation, clap de fin.

Certes on est bien loin du noise-post-punk-indé-machin-chose dont on vous cause habituellement, mais faut bien avouer que ça détend parfois un petit concert simple et léger comme celui là. A l’extérieur ça s’est calmé, tous les petits gars en bleu avec des casques et des boucliers sont partis se coucher. Heureusement car on ressort plein de zenitude de l’univers de Mathieu Boogaerts, l’apaisement total grâce à ce bon moment de fun et de poésie.

N.B : les travaux de la salle Paul Fort on été repoussés. La salle fermera ses portes en avril 2013 pour un an de travaux.

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