Retour sur les 34èmes Transmusicales de Rennes

Deux jours après le retour de Rennes, les effets du décalage horaire ont presque disparu, les oreilles ont ressuscité et il est temps de s’attaquer à ce compte rendu. Débriefing d’un long week-end de découvertes transmusicales.

Tout d’abord, c’est avec plaisir qu’on constate que Rennes est toujours the place to be le 1er week end de décembre. Avec ce festival énorme et ses centaines de concerts sur neuf lieux, son off avec les quatorze bistrots activistes des Bars en Trans, les endroits toujours plus off comme l’Élabo et ses nuits de rave sauvage, il y en a juste partout et pour tous les gouts pendant cinq jours. Et c’est tant mieux car avec ses équipements vieillissants (Ubu, Antipode, Cité), Rennes donne un peu l’image d’une ville qui s’est endormie pendant les années 2000 sur ses lauriers de capitale rock de l’ouest. Pendant les Trans, elle se réveille et prouve qu’elle est toujours dans la place, tournée vers l’avenir, à la pointe du son de demain.

Les Transmusicales semblent enfin avoir trouvé la bonne formule. Exit les soirées d’ouverture au Liberté (lire le report sur le jeudi calamiteux de l’an dernier), les trois grosses soirées sont de retour au Parc Expo qui, même s’il déplaît aux puristes, permet de faire jouer quatre scènes simultanément jusqu’à 6h30 du matin sans problèmes de parking et de voisinage. Exit aussi les après-midi à l’Ubu où jouent les jeunes groupes de l’ouest. Cela se passe désormais à l’Étage (ex Liberté haut) ce qui permet de faire rentrer beaucoup plus de monde dans des conditions correctes. La preuve en chiffre car le festival a battu cette année des records de fréquentation, avec officiellement 60000 entrées au compteur (en comptant les concerts de la tournée des Trans). Vendredi et samedi complets au Parc Expo, la Cité complet les trois jours, l’Opéra et la superbe création d’Olivier Mellano complet les trois jours, l’Aire Libre qui accueillait le collectif bordelais Iceberg complet pendant quatre jours… Un public toujours très curieux qui se déplace en masse, qui donne sa chance puis ovationne des groupes dont il n’avait jamais entendu parler avant, c’est ça l’esprit des Trans.

Évidemment on a pas tout vu et on se concentrera essentiellement sur le Parc Expo, qui a été comme toujours aménagé pour accueillir le festival. Au niveau technique, les trois scènes des halls 9, 4, et 3 rivalisent de superbes créations lumière et vidéo. La moitié du Hall 4 accueille le bar Heineken et sa scène électro Green Room. Le hall 5, très bien décoré, accueille un immense espace de détente avec bars, restos et chill out.

Jeudi 6 décembre

Seulement deux halls sont ouverts pour ce premier jour, le 3 et le 4 (rebaptisé Chris Mix Stage en hommage au célèbre sonorisateur anglo-breton récemment disparu). L’immense hall 9 est en cours de montage pour se transformer en l’une des plus grandes discothèques du monde.

Le hall 4  commence très fort avec Caméra, groupe berlinois plus habitué à jouer dans le métro que sur des grosses scènes. Avec son shoegaze bruyant et ses montées hypnotiques qui rappelle la scène indie des 90’s, le groupe ouvre brillamment la soirée avant de laisser la place à Burning House. Le nouveau projet de Hervé Salters alias General Elektriks donne son premier concert sans réelle surprise. Les claviers vintage funky sont bien sur très présents et le tout sonne très hip-hop électro grâce aux scratchs de l’américain Chief Xcel de Blackalicious. C’est au tour du très jeune Dj Nantais Madéon de montrer qu’il est à la hauteur du buzz qui le précède. Une production anglaise a apparemment misé gros sur son petit poulain et Madéon arrive avec un écran géant en losange derrière lui, entouré de totems de lumière. Le son ressemble à du David Guetta enrichi d’un mash up ou on entend Phoenix, Blur, Gossip… Un show taillé pour l’international avec lumières stroboscopiques qui électrise les moins de 20 ans (le petit nantais part assurer la première partie de Lady Gaga sur sa tournée américaine). Ça se termine très mal avec le DJ belge Netsky accompagné de musiciens avec une multitude de claviers sur des racks chromés (genre batterie métal). Ils infligent une drum’n bass complètement has been, avec solo de claviers etc… A oublier.

Le hall 3 est pas mal loti pour cette première soirée et commence avec Team Ghost, le projet de Nicolas Fromageau, l’ancienne moitié de M83. Ils ouvrent les hostilités entre ambiances planantes et électroniques et pop rock réverbérée énergique. On revient à quelque chose de bien plus old-school avec Nick Waterhouse. Avec ses lunettes à la Buddy Holy, ses choristes, sa section de cuivre en costumes, il rappelle le meilleur du rythm’n blues des années 50. On change d’époque avec le quatuor de Leeds China Rats et son mélange de pop et de punk typiquement anglais, quelque part entre Oasis et les Buzzcocks. La soirée se termine en apothéose avec le collectif rennais Mermonte dont on vous a déjà causé ici. La pression est forte pour Ghislain Fracapane et ses neuf musiciens qui sortent de plusieurs mois de buzz grandissant, avec les Inrocks, France Inter et compagnie qui suivent le groupe de près. Pourtant le concert se passe dans une apparente décontraction, avec beaucoup de sourires et de remerciements au public. Leur pop orchestrale semble comme toujours d’une simplicité évidente malgré la complexité des arrangements entre les deux batteries centrales, les violoncelles, les quatre guitares, le glockenspiel, etc… Un concert magistral, magique, éblouissant, qui rappelle les meilleurs groupes du genre comme Arcade Fire tout en ayant son univers unique

Vendredi 7 décembre

Il y a toujours des moments très attendus aux Trans, comme ce concert de Petite Noir qui ouvre la soirée du hall 4, pronostiqué par beaucoup de journalistes comme l’un des moments à ne pas rater. Ce mélange hybride entre pop mélancolique mais chaleureuse, coldwave et afro-pop ne déçoit pas même si le concert est parfois inégal. Le groupe, mené par le sud africain Yannick Ilunga, arrive tendu sur scène mais repart avec le sentiment d’avoir rempli sa mission. A suivre, c’est un autre buzz qui nous attend, la rappeuse de Baltimore Phoebe Jean and the Airforce précédée par son super single Day is gone. Son concert est frais mais sent quand même un peu l’amateurisme. Elle est uniquement accompagné d’un batteur et de deux petits danseurs blacks à dreadlocks. Elle envoie elle même les bandes à partir d’un clavier et semble bien s’amuser sur scène. Le fameux single arrive en fin de concert, on se rend compte qu’elle chante par dessus sa propre voix, pas très pro tout ça, un concert sympa mais un peu léger quand même. Deux concerts franchement coldwave se succèdent ensuite. Celui des anglais O’Children, très attendu aussi, mené par le géant black Tobias O’Kandi. Leur pop sombre mais bien rythmée rappelle parfois Interpol. Les suédois de Agent Side Grinder eux donne dans le dark, le vrai, plus près des sons industriels allemands. On entrevoit quand même la lumière dans ces morceaux qui rappellent The Cure ou Joy Division.

On retiendra dans le hall 3, le concert incendiaire de Von Pariahs et leur post punk survitaminé. Les nantais  ont clairement marqué des points devant ce parterre de programmateurs venus de toute la France. Les singles Skywalking et Someone new mettent le feu au hangar qui pogotte et slam comme un seul homme. C’est tellement brulant qu’un de leurs amplis guitare rendra l’âme au deux tiers du concert. L’un des meilleurs moments de ces Transmusicales. Autre bon moment sur cette même scène, le show supersonique des hollandais Birth of Joy, mélange de rock alternatif et de stoner lourd et puissant.

Dans le hall 9, Rachid Taha rejoint par l’ex Clash Mick Jones se sont fait plaisir entre électro-rock arabisant et reprises des Clash telles Rock the casbah ou Should i stay or should i go. Mais le moment chaud de la soirée était évidemment le show de Vitalic qui en a fait transpiré plus d’un. Le hall plein comme un oeuf était même inaccessible pendant ce live, laissant plusieurs centaines de festivaliers frustrés à l’extérieur, les joies de la sécurité… Accompagné d’un batteur et d’un clavier, le dijonnais a retourné le hall avec son show lumière très impressionnant. Un véritable mur de ferraille et de projecteurs recouvrant tout le fond de scène pour un effet complètement hallucinogène.

Samedi 8 décembre

Pour cette dernière soirée, la programmation des halls est moins « transmusicales » avec des soirées plus thématiques. Le hall 9 par exemple a offert une gigantesque rave aux festivaliers. Le jeune caennais Superpoze commence avec son électro tranquillou suivi des revenants Black Strobe et leur house instrumentale hypnotisante. Ça tape de plus en plus fort avec ƱZ, le duo TNGHT, jusqu’au dubstep criard de Zeds Dead.

Il y aura quand même du mélange dans le hall 4 avec des tendances hiphop-world-électro. La rappeuse suisse La Gale ouvre avec ses textes tranchants, personnels ou engagés, qui rappellent Keny Arkana, déjà passée par cette scène. Étrange concert ensuite avec St-Lo, un trio composé d’une chanteuse new yorkaise et de deux musiciens bretons aux machines et aux claviers vintage (l’ex-clavier des FFKK). C’est parfois groovy, parfois électro mais jamais vraiment convaincant. Pas très enthousiasmant non plus le live de Sinkané, entre soul, rock et funk, ça ne ressemble à pas grand chose finalement. Le crew de danse hip-hop Wanted Posse, investit ensuite la scène pour 20 min de breakdance acrobatique assez impressionnante. Départ pour l’Afrique à suivre et plus précisément le Congo avec Baloji. Un ensemble de musiciens vieux et jeunes qui puisent dans la musique africaine à l’ancienne pour l’emmener vers la modernité, s’approchant souvent du hip-hop africain. Dernier moment très attendu du week-end, le groupe hollando-sud-africain Skip & Die arrive avec sa chanteuse au look rétro-futuriste, perchée sur des talons interminables. Ils offrent leur étrange mélange de klezmer-cumbia-électropical qui met le feu aux festivaliers dont beaucoup ont patienté jusqu’à 4h du matin pour ne pas rater ce moment.

C’est le hall 3 qui tira le mieux son épingle du jeu encore une fois avec une soirée résolument rock’n roll. Ça commence pourtant en douceur avec la belle Melody’s Echo Chamber précédée elle aussi d’une belle couverture médiatique. Elle est au chant/clavier, entourée de trois musiciens (mais sans Kevin Parker de Tame Impala avec qui elle a conçu le disque). Ils déroulent tous les titres de son album sans vraiment de surprises à part une reprise de Gainsbourg. C’est néanmoins un beau moment de pure dream pop avec mélodies vaporeuses et voix hyper réverbérées. L’absence de batterie rend quand même le tout un peu plat. Tout ça va sérieusement se corser avec le véritable défilé rock’n roll qui suit. Les briochins de The 1969 club, emmenés par leur chanteuse bassiste peroxydée, n’ont pas manqué leur passage grâce à leur punk rock survitaminé. Très pêchus aussi, The Struts ont offert un vrai moment de rock pur et dur avant de laisser la place à Hot Panda. Un trio canadien qui a fait pogoté des festivaliers bouillants sur un indie rock mélodique et saturé tendance Pixies, avec en prime deux reprises de Nirvana en plein milieu du set.

Conclusion du festival sur l’avant scène du hall4, avec Cuir Moustache, un ensemble de Dj et Mc français à l’humour parfois douteux et aux textes bien gras, tendance Svinkels, TTC et cie. Il est 6h30 du mat, l’état du public n’est comment dire, hum… pas frais et les Trans s’achèvent. Les plus courageux iront a l’after le dimanche soir à l’ubu, pas nous… On repart en ayant vécu pas mal de concerts assez sympathiques mais aucune claque qui restera dans les mémoires (exception faites de Mermonte et Von Pariahs qui marqueront cette édition). Comme toujours on reverra la moitié de ces groupes à l’affiche des salles et des festivals d’été, ce qui permettra de confirmer ou d’infirmer ces premières impressions. A l’année prochaine pour un nouveau week-end de boulimie musicale et pfiouuu… heureusement que c’est qu’une fois par an les Trans…

Retrouvez toutes les photos du festival sur les galeries des Trans
Retrouvez toutes les vidéos du festival sur Arte Live Web
www.lestrans.com

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