One night in Binic

Le week-end dernier sur la côte nord de la Bretagne,  le cinquième Binic Folk Blues festival s’est tenu trois jours durant dans le petit port de Binic. Un évènement totalement gratuit à taille humaine, sans sécu ni sponsors, sans flics ni barrières, ouf, ça change et ça fait du bien.

Quelque part entre Saint-Brieuc et Paimpol dans les Côtes d’Armor, le petit village de Binic, avec son petit port de plaisance et sa belle plage de sable blanc, accueille chaque premier week end d’aout, l’un des plus beaux rassemblement de rockeurs en France. Après avoir accueilli le festival « Autour du blues » jusqu’en 2008 et ses groupes de rock/variété (Joe Cocker, Simple Minds, Bertignac…), le village peut compter depuis 2009 sur l’association La Nef des Fous et ses bénévoles pour faire parler de lui. En effet, en cinq ans le festival s’est taillé une belle réputation et l’on vient désormais de toute la France profiter du cadre et de la musique. Pendant trois jours donc, les touristes et leurs marinières se mêlent aux rockeurs tatoués, avec toute la panoplie de vestes en jean, badges, lunettes noires, tee-shirts psychés etc…

Trois scènes sont disposées sur le site. Attention, pas des grandes scènes comme on a l’habitude d’en voir, nous parlerons plutôt de podiums municipaux. Une petite dans l’entrée du port, avec des one man band, une moyenne près de la cale des bateaux et une « plus grande » le long de la plage, coincée entre un manège et un camion de beignets/chichis. Mais qu’on ne s’y méprenne pas, le festival est gratuit, l’organisation est 100% bénévole, les scènes sont cheap mais il y a une chose avec laquelle on ne lésine pas, c’est le son, et les trois scènes bénéficient d’une très bonne sono, avec console numérique pro et tout le bazar. Merci à l’asso d’avoir mis le paquet la dessus.

Au milieu de tout ça on trouve des buvettes Coreff, la célèbre brasserie bretonne, du merchandising du festival et des groupes, quelques stands de disques et de tee-shirts sérigraphiés. Il y a même un shop du label rennais Beast Records, partenaire du festival. Il y a aussi toutes les terrasses des bistros le long du port qui permettent de boire autre chose que de la bière, c’est d’ailleurs là que se passera l’after jusqu’à deux heures du matin, le festival s’arrêtant vers minuit.

Au niveau artistique, tout est dans le titre du festival, c’est blues, folk et rock a tous les étages avec  de nombreux groupes américains et australiens dont le nom ne parlera qu’aux initiés du genre. A noter que beaucoup d’entre eux jouent plusieurs fois dans le week-end, ce qui permet de ne rien rater. Certains ont un son assez rétro, voire daté, de la musique que vous n’entendrez que sur les radios US ou australienne justement (Texas Tea, Laneway, Suzie Stapleton…). On retiendra, pour le seul vendredi passé là-bas, David Evans, véritable ethnologue du blues qui a collecté pendant une cinquantaine d’ années les mélodies du sud profond, Joe McKee, une sorte de Jeff Buckley en solo a la voix haut perchée, qui finira son set a capella au milieu des terrasses.

Mais l’évènement du jour se passait sur la « grande » scène de la Banche, au bord de la plage, avec l’enchainement des deux têtes d’affiches du jour, Movie Star Junkies et Thee Oh Sees. Les premiers, quintet italien visiblement ravi d’être là, envoient leur blues rock nerveux et rocailleux, chauffé par un orgue omniprésent et un chanteur torturé. Les seconds, le quatuor le plus en vue de la scène garage mondiale, venus tout droit de San Francisco, auteur du plus grand concert qu’on ait vu en 2012 sur la scène de Stéréolux à Nantes et dont on vous avait parlé ici. Thee Oh Sees n’ont pas failli à leur rôle de tête d’affiche du week-end avec un concert hypnotique, nerveux, bruyant, sauvage… Les trois tatoués (guitares, batterie) et la jolie fille (clavier, choeurs) nous balancent un rock primaire mais très abouti, tant au niveau technique que mélodique. Thee oh sees foncent comme une loco lancée à pleine vitesse. Derrière, dans les wagons, le public est en feu. Le pogo est impressionnant pour une si petite scène et les slams se comptent par dizaines. Le dernier single Toe Cutter/Thumb Buster est joué en deuxième et le concert se termine au bout d’une heure et demie de sang et de sueur sur le superbe Minotaur qui cloture leur dernier album. Bref encore une belle claque infligée par ces génies du rock moderne.

Difficile d’évaluer le nombre de spectateurs sur une journée du festival, peut être qu’entre deux et trois mille personnes ont foulé les quais du petit port de Binic ce jour là. En tout cas c’est un festival que l’on vous conseille vivement d’expérimenter les prochaines années. Convivial, libre, rock, gratuit, DIY à 100%, un festival comme on aimerait en pratiquer plus souvent, merci a La Nef des Fous et à l’année prochaine !

www.binic-folks-blues-festival.fr

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>