2 jours à Saint-Malo + 1 jour à Rock en seine = 1 livereport

FullSizeRender (1)Un mois jour pour jour après la fin de la Route du Rock, Faderpaper vous replonge dans l’été en ces jours pluvieux, avec un double livereport (qu’est ce qu’on inventerait pas pour pas dire qu’on est à la bourre…). Deux festivals dans le même esprit artistique, l’un en mode indé, l’autre en mode grosse machine, à la réalité économique bien différente.

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La Route du Rock – Saint-Malo – Samedi 15 et Dimanche 16 aout :

ROUTE-DU-ROCK 2015On arrive tellement tard avec ce livereport (un mois après, ouhhhhh) qu’on va pas vous ressortir tout ce que les autres ont déjà écrit. Il y a tellement de livereports recensés ici que même un type qui n’y était pas pourrait pondre un papier en piochant un peu dans chaque compte-rendu. Bref les autres blogs ne vous ont pas menti, le site du festival a été amélioré, il n’y a presque plus de boue, la météo a été clémente presque tout le temps, 23000 spectateurs, le cashless marche pas trop mal et la deuxième scène est enfin à la hauteur. Voila pour les fondamentaux.

Samedi :

On commence le festival par un détour par la plage, sous un beau soleil malouin pour écouter Flavien Berger, une des sensations du moment (à écouter dans notre dernière playlist). Si sur CD, on avait pu trouver sa musique un peu froide, le personnage est lui plutôt sympathique, très content voire un peu impressionné par le monde et assure un bon concert. Organisation oblige on n’a pas pu tout voir mais ce n’est que partie remise avec le festival des inrocks en novembre prochain (le 15/11 à Stéréolux).
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Musicalement parlant, la soirée du samedi n’était vraiment pas drôle. Björk, la traitresse, a plombé l’ambiance dix jours plus tôt en annulant sa venue et un certain parfum d’amertume flottera au dessus de cette soirée. En plus, on rate l’un des seuls moments funs du jour, l’ouverture par le trublion Only Real (déja vu en avril au festival l’Ere de Rien de Rezé) qui a apparemment donné le sourire aux premiers arrivants.

Le duo Kiasmos enchaine avec son électro/ambient bien agréable à l’heure de l’apéro, grace à des gros beats technos mêlés a de belles nappes de piano et de cordes. Plongée ensuite dans l’amateurisme total avec les quatres jolies espagnoles de Hinds et leur petite pop totalement approximative, pas à la hauteur du tout les filles.

L’ambiance s’assombrit nettement avec The Soft Moon. On constate que Luis Vasquez et ses acolytes n’ont toujours pas trouvé le sens de l’humour depuis leur passage a Saint-Malo en 2012. Leur musique sombre, lourde, hantée et tortueuse, entre krautrock et post-punk, rappelle souvent l’indus de Nine Inch Nails, pas drôle donc… L’enchainement est raide aves les anglais de Spectres qui broient les oreilles des spectateurs de la scène des remparts. Leur shoegaze ultra noisy est un peu dur à encaisser après The Soft Moon malgré un détail rigolo, le chanteur arbore un tee shirt de Bjork.

Les sauveurs Foals, appelés à la rescousse pour remplacer « la diva Islandaise », prennent possession de la grande scène mais, nouveau coup du sort, leur bassiste est à l’hopital. Le concert sera assuré quand même par un des techniciens du groupe. C’est le moment que choisissent les écrans géants pour tomber en panne, décidément… Ce concert aura été efficace, sans surprises, il faut dire que c’est la troisième fois qu’ils jouent sur cette scène. Une setlist qui mêlent les grands classiques et les titres du nouvel album, noyés dans des couches et des couches d’effets, bien moins percussifs que les débuts. C’est le coup de grâce ensuite avec le Dj resident de la célèbre Fabric de Londres, Daniel Avery et sa techno glauque à souhait qui mettera trente minutes à décoller. On ne verra pas Lindstrom qui ne s’annonce pas funky non plus, tant pis, on a notre dose…

Dimanche :

Ce dernier jour du festival s’ouvre sur les notes rafraichissantes des quatre américains de The Districts qui feraient un peu penser à Grizzly bear en plus électrique. Il fait beau et chaud, la boue a séché devant cette petite scène, on est plutôt pas mal. Father John Misty enchaine sur la grande scène devant un public encore clairsemé (contrairement à la veille, cette soirée n’a pas du tout fait le plein et le site paraitra bien grand pour les quelques milliers de personnes présentes). Le disque de cet ex-Fleet Foxes n’est franchement pas un chef d’oeuvre, malgré quelques ballades touchantes, il ne restera pas dans les anales du folk. Sur scène c’est un peu la même chose, un concert aux accents country/blues mené par un crooner un peu maniéré, avec quelques bons moments mais quand même longuet et pas toujours passionnant…

Viet Cong prend le relais sur la scène des remparts, on attend beaucoup des quatre canadiens pour électriser un peu ce début de soirée et c’est ce qui va se passer grâce à leur son lourd et puissant. Le concert tranche avec la noirceur du disque, la musique est toujours située quelque part entre krautrock et nowave mais le chant est moins sombre, beaucoup plus direct et rocailleux. On aurait pu s’attendre à quatre corbeaux tout tristes, mais les Viet Cong sourient souvent, demandent aux cadreurs d’arrêter de filmer leurs tronches en gros plan, « filmez plutôt le public ! ».

Arrive l’un des grands moments du week end, l’un des seuls qui mettra tout le monde d’accord, le concert de Savages. Elles avaient joué de jour lors de leur dernier passage à Saint-Malo en 2012, donnant un concert très prometteur. Les quatre filles en noir reviennent là beaucoup plus mûres et sûres d’elles, avec un show qui va clouer le public au mur. La chanteuse frenchie Jehnny Beth donne de sa personne en allant plusieurs fois au contact d’une foule en transe. On replonge la tête la première dans le meilleur du post-punk des 80’s, la tension et la fureur de Siouxie ou Joy Division ne sont jamais très loin.

A suivre ce sera RIDE sur la grande scène, un groupe anglais fondateur de la scène shoegaze de la fin des années 80 (après leur séparation, leur bassiste rejoindra les frères Gallagher pour former Oasis, merci Wikipedia). Faut l’admettre, on n’a jamais écouté ce groupe, on n’en attend donc pas grand chose. Même s’ils jouent bien et semblent prendre beaucoup de plaisir sur scène, leur musique sonne quand même super datée, limite has been par moment. Si on y ajoute un fond de scène de mauvais gout (RIDE écrit avec des lettres de 3m de haut) et un show lumière digne d’un sapin de noël, ça donne une tête d’affiche bien décevante pour ce dernier jour de festival.

Sur la même scène, un grand moment de fun s’annonce avec l’arrivée du dingo Dan Deacon. Tout le monde a en mémoire l’émeute qu’avait déclenché son précédent passage en 2010, sur une deuxième scène, à l’époque, vraiment minuscule. Accompagné cette fois d’un batteur doté d’une puissance et d’une régularité impressionnante, le grand gaillard de Baltimore tente comme à son habitude de lancer des chorégraphies loufoques mais abandonne vite, devant un public peut-être trop serré ou trop aviné pour suivre. On encaisse avec plaisir un véritable déluge de musique 8 bits saturées et ultra rapides. Le son est ultra-puissant, les lumières sont stroboscopiques, le show est véritablement décoiffant.

A suivre vient la téléportation plus que bienvenue vers les clubs New-Yorkais, avec le concert de Juan MacLean sur la scène des remparts. Un pionnier de DFA, accompagné de Nancy Whang au chant (ex LCD Soundsystem) et d’un vrai batteur pour un live « space-disco », c’est exactement ce dont le public a besoin. Tant pis si le côté un peu trop electro-kitsch des disques est là, si Nancy chante un peu faux, tout le monde danse, sourit et profite enfin d’un des seuls moments sexy du festival. Il est bien tard, cette Route du Rock s’achève ici pour nous, tant pis pour Jungle, on sait qu’on les verra bientôt… à Rock en Seine.

Une Route du Rock en demi-teinte donc, qui ne restera pas dans les mémoires après les deux excellentes éditions de 2013 et 2014. La programmation semblait un peu légère et laborieuse à la base, la faute à une actu musicale peut-être un peu moins riche cette année, à des groupes qui ne tournent pas ou qui sont toujours plus chers… Rock tympans a en plus  joué de malchance avec la défection de Björk qui a privé le festival d’un moment vraiment fédérateur comme les concerts de Nick Cave ou Portishead les années précédentes. Quoi qu’il en soit, on sera de retour l’année prochaine en espérant une édition un peu plus séduisante que celle ci.

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Rock en Seine – Paris – Dimanche 30 aout :

Rock-en-Seine-afficheOn ressent direct le changement d’ambiance en arrivant dans ce mastodonte parisien. Quatre scènes (plus une petite en mode showcase sous la tente « Ile de France »), 40000 spectateurs par jour, plus de 60 concerts dans le week end et une programmation qui promet, entre découvertes et grosses têtes d’affiche. Il est loin l’indie way of life prôné par la Route du Rock, ici les sponsors sont rois. SFR ou Pression live ont des espaces immenses, des types jouent à Guitar Hero perchés sur un camion, Spotify, Coca-Cola et cie vous en mettent plein les yeux…

Le site est assez classe, niché dans le vaste domaine de Saint-Cloud. Heureusement il y a beaucoup d’arbres pour se protéger du soleil qui cogne dur sur nos têtes (la température montera  à 35 degrés pendant l’après-midi). Il y a toujours au moins deux scènes qui jouent en même temps, il faut donc faire des choix pas toujours faciles. 14h30, on choisit We Are Match pour l’ouverture sur la scène de l’industrie, jeune groupe parisien qui donne dans l’electro pop, quelque part entre Foals et BRNS (à écouter dans notre dernière playlist). On devine que c’est une date importante pour eux mais ils relèvent l’exercice avec brio, même quand une panne de courant vient à couper le son pendant 5 min.

Coup d’oeil ensuite au trio lunaire emmené par Juan Wauters (à écouter dans notre dernière playlist) qui fait figure d’ovni au milieu de tous ces groupes aux shows millimétrés. Leur folk ensoleillé semble bien léger sur cette grande scène, même le petit rideau avec leur logo derrière eux semble taillé pour les cafés concerts. Quelques centaines de personnes assistent à ce concert pendant que Pond fait le plein sur une autre scène à l’autre bout du site. Dommage, le temps de se frayer un chemin et on ne verra que le (très bon) final de ce concert à la mode psyché (Pond et Tame Impala ont des membres en commun).

Retour sur la scène de l’industrie ou les quatre jeunots de Last Train (en blousons de cuir et capuches malgré la température) balancent un rock old school efficace mais un brin ringard…  Vrai moment de rock à suivre avec Fuzz sur la scène de la cascade qui envoie du bois sous un soleil de plomb. Ty Segall (à la batterie) et ses potes, maquillés comme pour une guerre viking, ne laissent que peu de temps au public pour reprendre son souffle et l’assomme dans un déluge de guitares sauvages.

On a besoin d’un moment plus léger et funky, ça tombe bien les géniaux Hot Chip investissent l’immense grande scène. Toujours aussi bons, cools et efficaces, les anglais déroulent une setlist bourrée de tubes. Combien de personnes dansent devant ce concert de fin d’après midi ? Difficile à dire, 15000 ? 20000 ? 25000 ? On assiste en tout cas à un grand moment de joie collective quand le titre final glisse vers All of my friends de LCD Soundsystem, immense !

C’est l’heure de jeter un oeil à Guillaume Marietta sous le petit chapiteau Ile de France. L’ex-Feeling of love donne un showcase un peu chaotique, entre des problèmes de son et la pollution sonore qui arrive de l’extérieur. On a quand même un bon aperçu des compos de son très bon album sorti en mai sur Born Bad Records.

Juste à côté, Jungle triomphe sur la scène de la Cascade devant une foule compacte. C’est la dernière date française de l’année pour ce génial collectif soul, qui semble impressionné et réellement heureux de jouer à Paris devant autant de monde. Leur musique chaude et groovy file des gros frissons à l’audience, tubes après tubes.

Sur la grande scène, Tame Impala installe ses amplis, guitares et micros vintage. La foule se masse pour écouter les australiens, devenus des stars planétaires depuis la sortie de leur dernier album Current. Après une intro, le super single Let it happen embarque l’audience dans l’univers du groupe, aidé comme d’habitude par un écran aux visuels psychédéliques. La setlist est divisée entre morceaux du passé et titres du dernier disque, entre tubes rythmés et chansons langoureuses. Même si seul Kevin Parker semble content d’être là, ils remportent l’adhésion du public et confirment largement leur statut de tête d’affiche.

 

Retour sur la scène de la Cascade pour Alt-J, déjà vu en ouverture de la Route du Rock il y a quelques années. Petit poucet à l’époque, le groupe fait maintenant parti des quelques groupes bankable du circuit indé. Beaucoup de monde aussi assistera à ce show très maitrisé, voir un peu lisse. « C’est notre dernière date de l’été et finir ici avec vous à Paris, c’est juste parfait » disent t’ils avant de conclure sur le superbe titre Breezeblocks. Incompréhension en revanche au niveau des lumières qui s’agitent dans tous les sens sans aucun rapport avec la délicatesse de la musique, comme si l’éclairagiste des Chemical Brothers s’était trompé de scène.

23h, on approche déjà de la fin de la journée, trois concerts commencent en même temps pour le final. Le duo Run the Jewels sur la scène de l’Industrie bastonne un hiphop électro surpuissant pendant que N’to sur la scène Pression Live joue une électro légère et pas très convaincante. Mais le vrai final va se jouer sur la grande scène avec bien sur les Chemical Brothers. On aurait pu les croire un peu dépassé par toute la vague électro qui s’est formée dans leur sillage dans les années 2000. Ils reviennent en fait avec un show hallucinant qui va scotcher l’assistance. Énorme son, laser qui projette à 300 m, déluge de lumières, vidéo HD d’une qualité impressionnante… A la fin, deux grands robots s’élèvent derrière eux, marchent en lévitation, scrutent le public avec des lasers qui sortent de leurs yeux… Un effet très impressionnant que l’on n’est pas prêt d’oublier.

Pour résumer, Rock en seine c’est gros, c’est cher, il y a beaucoup de sponsors, mais ça reste un festival qui garde une très bonne atmosphère. L’équilibre entre heureuses découvertes et têtes d’affiche, qui font plaisir à voir ou à revoir, est bien respecté. On vous le conseille donc pour les années suivantes.

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